Chronique Terrienne n° 272 Dans un sondage* paru ce mois-ci sur “Les jeunes et la famille”, nous découvrons que les jeunes gardent une vision positive** de la famille même si leur vécu est plus contrasté. La famille reste bien sûr structurante pour eux, mais si elle constitue le premier refuge, la vie de famille entraîne des contraintes plus ou moins importantes selon le milieu social (autour de 15% parlent quand même de relation principalement financière, voire toxique ou de contrainte).

Les résultats de cette enquête abordent les compétences et qualités acquises grâce à la famille, les sujets pour lesquels aide et soutien sont demandés, mais aussi les aspirations familiales. Ce que je retiens concernant les compétences, c’est que les réponses des jeunes sont en deçà de celles des parents. Ainsi sur l’autonomie, la responsabilité et la confiance en soi (les trois premières qualités qu’apportent la famille) : c’est du 57, 55 et 52% dixit les parents, contre 46, 40 et 35% pour les jeunes ! Attristant car 74 % des jeunes interrogés affirment avoir confiance en eux (83% les garçons contre 65% les filles), mais pourtant plus de huit jeunes sur 10 renoncent à leurs aspirations, justement par manque de confiance.

Garder ses bras tendus (sans tirer dessus), plier les genoux (pour ne pas être trop raide) et regarder loin devant soi… sont les règles de base du ski nautique. Quel rapport me demandez-vous ? Aucun à priori, mais l’image est applicable à la vie de famille qui a grand besoin d’ouverture et de motricité, de souplesse et de tonicité et enfin de vision d’avenir et d’espérance… pour être épanouissante pour chacun.

Alors revisitons un peu l’évolution de ce système qui nous est tous (ou presque) le plus proche : de la famille traditionnelle comme rouage de l’ordre social, à la famille d’aujourd’hui qui s’apparente à un simple groupement privé entre personnes.

Si la famille peut avoir beaucoup de défaut, elle permet la “socialisation primaire” absolument nécessaire au développement de l’enfant et c’est par elle que nous devenons des individus.

Mais faisons un peu d’histoire avec Luc Ferry qui parle des “trois ruptures constitutives de la famille.”***

Première rupture : le passage du mariage de raison (critères économiques ou de lignage) au mariage d’amour, une mutation capitale.

Deuxième rupture : l’amour parental, s’il a toujours existé, est loin d’avoir toujours été une priorité. Montaigne ne se souvenait pas du nombre exact de ses enfants morts en nourrice. Rousseau abandonna sans sourciller ses cinq enfants. Bach et Luther perdirent chacun une dizaine de leurs petits. La chose était courante à cette époque ; l’enfant n’avait pas l’importance qu’il a revêtue depuis. De la même manière les “devoirs parentaux” ne s’affirment qu’au XVIIIème siècle, et l’on ne parle auparavant que des “devoirs des enfants” envers les parents.

Troisième rupture : la naissance de la notion de sphère privée et d’intimité en même temps que celle de la famille moderne. La première privatisation est celle de la famille. Auparavant, tout le monde vit dans une seule pièce (l’aristocratie ou la bourgeoisie comme les paysans). L’individu s’émancipe de plus en plus de ses groupes d’appartenance (et pas seulement la famille). En couple, “la vie commune” est compatible avec une différenciation entre “nous” et “soi”. Chacun peut ainsi avoir “son territoire personnel”. La vie privée s’est donc dédoublée (“le privé du privé”) en vie privée familiale et en vie privée personnelle.

Le sens de la vie était auparavant dans la perpétuation de la vie. Un des signes les plus visibles de ce changement de paradigme est le changement de statut du prénom : il signifiait auparavant intégration dans un héritage et nous liait aux ancêtres. Il est désormais souvent le fruit de la créativité des parents et un phénomène de mode. On publie régulièrement une “côte des prénoms”, dont les plus utilisés sont souvent liés aux films et séries américaines (et plus aux Saints et aux ancêtres). Ski faut dire, c’est que j’ai déjà, à plusieurs reprises, noyé abordé ce sujet dans ce Blog.**** 😉 JMP

 

* “Les jeunes et la famille” (Baromètre “Jeunesse et confiance” sur un échantillon représentatif de 1002 jeunes de 16 à 25 ans réalisé par Opinion Way pour l’Association loi 1901 sans but lucratif “Vers le haut”, dédiée à la jeunesse et l’éducation (labellisée Think-Tank & Transparent par l’Observatoire européen des think-tanks) reconnue comme organisme d’intérêt général à caractère scientifique.
https://www.verslehaut.org/

** Au total, 80 % des jeunes voient la relation avec leurs parents “sous un versant positif” relève ce 10ème baromètre.
Cette année, l’optimisme des jeunes repart à la hausse après trois années consécutives de recul, selon le baromètre.
69 % des jeunes sont plutôt optimistes pour leur propre avenir (2 points de plus que l’an dernier). Cette progression concerne aussi l’optimisme pour la génération suivante (52 %, soit + 4 points) et pour la planète (35 %, soit + 6 points).

*** “Familles je vous hais, familles je vous aime : quarante ans de mutations”
En savoir plus : https://www.cafephilosophia.fr/sujets/familles-je-vous-hais/

**** https://jmponcet.fr/blog/pas-trop-nimes-je-prefere-avignon-pour-un-pre-nom/

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