Ami lecteur, c’est une histoire “plombée” que je viens aujourd’hui te narrer.

Je ne sais si mon logeur était plombier, mais il savait tout faire à Plombières. Il a des garages, loue des boxes et des meublés etc. Dans ma chambrée, il avait installé une kitchenette dans l’entrée qui devait permettre de cuisiner. J’ai préféré le restau d’à côté. Le dîner était presque parfait. Car en effet, il m’est arrivée en rentrant (à pied) une expérience fort désagréable. L’ami chez qui je devais poursuivre mon road-trip moto m’appelle. Je sors mon téléphone (de mon jean) de ma poche, et il m’apprend un décès dans sa famille poche proche. Je compatis, et convenons que je ne pouvais plus passer chez lui la soirée prochaine, nous prenons congé.

Et c’est là que je vous explique pourquoi l’heure qui a suivi fut éminemment stressante.
Dans la surprise de ce coup de fil, j’avais laissé tomber à terre mon trousseau, avec toutes mes clefs (de moto), sur le parvis du restau. Je ne m’en suis aperçu qu’en rentrant, plus tard, au Relais Motard. L’angoisse s’empara de moi comme la poisse du minois. Pour vous situer la situation dans la station balnéaire dans laquelle j’étais, précisons (prenez votre respiration) : il est 21h40, il fait déjà nuit puisque nous sommes mi-septembre, j’ai essuyé des orages durant l’après-midi et il recommence à pleuvoir.

Bref, je suis seul dans un coin perdu, oublié des hommes et mes (seules) clefs, j’ai (aussi) perdues.

Je suis donc, sur mes pas aussitôt revenu, et n’ayant rien trouvé sur les trottoirs et contre-allées (les dix minutes de randonnée), j’ai demandé au personnel du restau (qui avait vu que j’avais sur ma table un trousseau) s’ils ne l’avaient pas retrouvé : Néant.
Soudain là, j’étais au plus bas. J’ai pleuré (mes clefs) j’ai vomis (la chantilly) puis vers minuit je n’ai compté que sur mon courage et ai refait le chemin en long et en large, à la lumière de mon aura la lampe de mon smartphone (dont la batterie criait famine et moi je faisais grise mine). Après un nouvel aller-retour, je me suis effondré dans les bras de la belle serveuse (les Plombinoises sont courtoises), qui elle-même s’est évanouie, devant tant de dureté de la vie…

Bon là, je vous la fais un peu à la Hugo, qui disait paraît-il : “La nostalgie, c’est le bonheur d’être triste.” Oui, parce que Plombières-les-Bains l’endormie l’inconnue, est une petite station thermale des Vosges (1500 hab.) qui vit dans la nostalgie d’un passé révolu (les fastes de Napoléon III qui y avait ses habitudes et y prenait les eaux). Le bâti désuet vous fait chavirer le cœur, dès lors que vous traversez le centre-ville par la rue principale. Les belles façades surannées côtoyant, de leur lustre d’antan, les bâtisses abandonnées. “Les Thermes ont fermé en fin d’année” me dit l’hôtelier. La vie à Plombières est décidément bien plombée ! Comment ne pas penser assez vite à se suicider ? J’ai choisi l’alternative du Casino (qui jouxte le restau). Alors, dans un dernier sursaut, j’ai frappé sur le comptoir de cette maison de perdition. Et ici, en retour, l’élégant freluquet qui vint à mon secours, me tendit aussitôt mon trousseau (!)…

Après une nuit de folie au casino le lendemain, la galère me poursuivit* : même plus de sans-plomb pour mon canasson ; elle a fermée la station**. J’ai fait encore 45 minutes de route dans les champs, sans l’ombre d’une pompe à essence. Puis, je suis tombé sur une supérette (dans un tout petit village) ; je ne devais avoir plus qu’un litre dans mon réservoir… Jésus m’a guidé, car je n’ai vraiment pas emprunté la direction que m’avait indiqué l’hôtelier. C’est pas qu’il était bourré, mais (cause la crise) il travaillait encore étant en retraite, et ses tarifs étaient un peu prohibitifs. Il profite d’un quasi monopole, comme aux temps impériaux, un symbole.

J’ai donc suivi mon GPS, un guide qui me semblait plus fiable. Oui, l’autochtone est parfois plus con moins fluide, tout dépend ce qu’il boit mais moi j’apprécie le sans-plomb. JMP


*en matinée, peu après mon départ de Plombières, j’ai été (encore) heurté par un énorme bigorneau volant (que je n’ai vu arrivé sur moi qu’au dernier instant). Sans doute un drone oiseau. Il m’a touché au biceps gauche (en haut), telle une balle traçante en plomb. Je n’ose imaginer l’avoir pris, à 80km/h en pleine face, car était ouverte la visière de mon casque. Décidément Plombières, tu m’as bien plombé !

**la dernière station (service) de Plombières, elle a fermé c’est la saison misère…

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