Les doigts de ma main droite ripèrent sous le couvercle du pot de 900g… qui finit sa course (gravité oblige) dans l’allée des frigos de mon supermarché. Contrairement à celui qui, avant-hier, a fracassé un pot de moutarde par terre et s’est tiré courageusement (laissant son forfait empiégé le sol du rayon), je hèle immédiatement un jeune artilleur (qui recharge les munitions étagères à proximité). Il va me chercher quelques feuilles de papier-chiffon, afin de nettoyer le fromage blanc qui jonche Auchan le carrelage. Une fois la chose faite, je remets mon pot plastique dans mon cabas de course à provisions, me disant que j’ai échappé au pire : il n’est pas trop abîmé.
Un instant plus loin, un autre jeune tirailleur fit tomber devant moi, tout un lot de conserves en verre. Tandis que je l’aidais à ranger la vingtaine de pots de 370g, l’une d’elle me donna du fil à retordre : en effet elle roula sur plus de 10 mètres, avant que je ne puisse la choper. Quelle dextérité pour des lentilles vertes préparées ! “Quelle matinée ! Nous sommes gauches ce matin” lui dis-je. “Nos doigts ne sont pas chauds, c’est lundi !” Il me remercia d’un sourire et me dis qu’il allait finir son contrat d’été sous deux semaines. Mais en aurait-il été différemment si ce magasinier eut été en CDD ? Et pire : en CDI ? Nous ne le saurons jamais. Mais il en avait un peu marre ce gars-là, je crois. C’est sûr que remplir les rayons à longueur de journée, c’est paquet pas gai. Et surtout, c’est un job qui demande d’être bien haut chaud. D’ailleurs, faut-il s’échauffer avant de prendre son pied poste ? Certainement. Car les tonnes de palettes que l’on transporte du stock au magasin, puis de la lourde caisse du transpalette aux étagères du rayon, c’est à côté pas coton ! Ce stage lui aura fait les abdos lui l’ado. Et il en aura vu, de multiples gaspillages dus à la casse avant la plage.
Bref, je termine mes courses et lors de mon passage en caisse, je m’aperçois que du fromage blanc s’écoule encore de mon pot. Je redemande l’aide du jeune caissier en m’excusant. Il bloque même le client suivant, tant il doit nettoyer le tapis roulant. Je sors enfin du supermarché et toujours assez confiant, je pose mon sac de provisions dans ma voiture pour les quelques kilomètres de retour à la maison. Arrivé dans ma cuisine, je sors les affaires pour les ranger et je découvre mon “Moto Journal”, la couverture pleine de fromage ! Mon pot était bien atteint, il avait en fait été fendu du haut en bas, mais étant tombé droit, du bon côté, je ne l’avais pas inspecté en entier. Grave erreur : 130 pages maculées. Le pelliculage de la Une ne résistant pas à mon nettoyage parcimonieux à l’eau. Je ne vous précise pas que, malgré ses 3% de matières grasses, mes autres denrées (et mon sac bien sûr) ont dû aussi être lavés. Saleté de pot de fromage blanc battu toi-même ! Le caissier voulait me l’échanger, ça m’apprendra à être trop blanc poli* sur moi.
Comme quoi, un accident est vite arrivé. Et un fromage blanc est trop vite blanchi dans mon esprit ! JMP
*aux gros mots, les polis tiquent…