Son destin, c’est bricolo, comme d’autres sont cheminots. Il suit en tout cas, son chemin sur les rails (il n’en démord pas depuis 20 ans). Le matin, le soir, toujours un truc à polir ou à percer. Quand c’est pas la maison, c’est les voitures ou la moto. Leurs moteurs tournent des heures et je sais qu’il n’est pas mort parce que j’entends fréquemment les bruits des outils qu’il manie (vous l’avez compris, c’est une manie).
Jeannot, il est pas très bavard. Il est même particulièrement taiseux de son état. Je ne l’ai pas vu depuis des années, alors qu’il est tout à côté. Les moteurs tournent des heures, leurs râles font trembler ma maison. Les ronflements d’équipements, les bruits de scies et autres nuisances de mécano, de métallier… rien ne m’est épargné ; sauf sa présence, car il est bien caché derrière ses murs.
Il voue ainsi une passion torride à ses outils, son garage et son atelier, son établi. Pas un jour ne s’écoule sans qu’un bruit ne trahisse cette vocation activité. Que dis-je, cette alliance ! Oui celle-ci, car pour l’autre, un jour sa femme est partie. “Y’en a marre Jeannot, que tu passes plus de temps avec Makita et Metabo* qu’avec moi” dira t’elle (un soir de barbecue devant tout le monde). Au bout d’une décennie, la maison toujours pas finie (car faut faire tout pas soi-même et faut peaufiner d’après l’évangile selon Saint-Jeannot), elle en eu vraiment, mais vraiment marre. Et se fut fini (un soir). Et si dans le divorce, elle lui a laissé la maison, c’est pas à cause d’une intuition. Elle savait que c’était pathologique plus pratique. JMP
*et Ryobi, le tout petit…