Chronique Terrienne n° 284 Rappel d’une règle de base sur la route : nous les motards, on roule les feux allumés, toujours, même le jour. Il s’agit d’être vu. Je croise parfois des motos qui roulent feux éteints. Ne pas être au courant de cette obligation (article R416-17 du code de la route) qui sauve des vies depuis des décennies est surprenant. Outre l’amende qui va avec en cas d’oubli, l’allumage des feux permet d’être visible dans le flux de la circulation. Au début de ce siècle, les motards se sont battus pour garder ce privilège face à l’allumage des feux des voitures le jour.

Des études ont prouvé que la disposition de deux feux additionnels formant un triangle, diminuait le nombre d’accidents moto, en permettant une meilleur perception de distance et de vitesse par les autres usagers.

Allumer ses phares de jour (même pour les voitures, surtout celles de couleur grise) améliore la sécurité, surtout en cas de météo changeante, tunnels, forêts ou routes de campagne. Le risque d’accident est ainsi réduit de 10% sur les routes secondaires d’après l’ONISR*.

Car le principal enjeux me semble bien être celui d’être réellement vu, nous les motards. Et la tache de Mariotte (ou papille optique), qui est la partie de la rétine où s’insère le nerf optique (qui relaye les influx nerveux de la couche plexiforme interne jusqu’au cortex cérébral, ainsi que les vaisseaux sanguins arrivant à l’œil et quittant l’œil) ne nous est pas favorable. Autrement dit : “il s’agit de la papille, zone où les axones des cellules ganglionnaires se regroupent pour constituer le nerf optique.” Ce point dit “aveugle”, découvert par le physicien français Edme Mariotte au XVIIIe siècle, est une zone de la rétine dépourvue de photorécepteur. Son impact est source de nombreux refus de priorité d’une voiture à un motard. “Je ne l’ai pas vu” est la phrase trop entendue !

Nous n’avons pas conscience du point aveugle car souvent nous la compensons par notre vision binoculaire. En d’autres termes, ce que nous ne voyons pas avec un de nos yeux est en général vu avec notre deuxième œil. En revanche, en vision rapide (en jetant un “coup d’œil”), c’est la vision monoculaire que nous utilisons. Et le cerveau compense la tâche aveugle par des informations qu’il trouve dans l’environnement. Le problème de la papille optique est que parfois, l’image fournie est loin de la réalité. La fausse information peut donc être à l’origine d’un accident.

Pour éviter l’illusion et les risques routiers encourus, il faut s’assurer de ce que l’œil perçoit. La seule solution est de tourner la tête à 90° pour être sûr d’utiliser les deux yeux lors de la prise d’information, afin d’avoir toutes les données nécessaires dans votre champ visuel. C’est d’ailleurs ce que nous a enseigné le moniteur d’auto-école pendant nos leçons de conduite, à savoir de bien tourner la tête à chaque intersection pour éviter cette perte de vision.

Au-delà de ce fait, problématique à lui seul, comprenons que la vitesse d’un engin motorisé n’est pas perçue de la même façon selon sa taille. En effet, si son volume est important, tel celui d’un camion, on aura tendance à ne pas bouger (instinct du cerveau reptilien), alors que s’il est celui d’un motard (un petit point au loin)**, on va avoir du mal à évaluer sa vitesse, que l’on va souvent sous-estimer (du fait de la non-habitude*** mais aussi de cette vision d’un petit volume).

Je milite pour une sensibilisation au partage de la route entre les voitures et les deux roues motorisés (2RM). Peut-elle commencer au moins à l’occasion du permis de conduire (de tout véhicule). Connaître, c’est souvent déjà mieux respecter. Non à la mort du motard invisible !

Partageons donc la route avec prudence, civisme et (pourquoi pas) courtoisie 🙂 JMP


*ONSIR

**“Un point c’est tout, un point c’est toi” chantait Zazie…

***Les 2RM (le cyclomoteur, engin de moins de 50cm³ et ne dépassant pas les 45km/h, et la motocyclette, de cylindrée supérieure) ne représente que 2% du trafic routier, pour des usagers particulièrement vulnérables (23% des victimes mortelles / 27% des blessés). Leur risque de mortalité est d’environ 25 fois celui de l’occupant d’une voiture. Le trafic des motos de plus de +125cm3, lui, qui plus est, est assez saisonnier. Il est même particulièrement concentré au printemps à la campagne et en montagne l’été.

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