Chronique Terrienne n°270 Il faut que je vous le concède aujourd’hui ; je me drogue parfois. De temps en temps, en cachette, je prends un CD de Gérard Manset* et je me mélancolise, avec “Solitude des latitudes” ou bien “Il voyage en solitaire”… 😉
Gérard, toute ma jeunesse en plus (quand vous y avez goûté…) Je me souviens particulièrement de ce soir-là où, ayant veillé tard avec mes colocataires du foyer, je me suis (mal) endormi, persuadé que dès le lendemain nous partirions pour l’est, militaires réquisitionnés nous serions. Car avant de tomber (en 1989), le mur de la honte, a fait l’objet de nombreuses (et viles) tensions entre les deux blocs (on appelait cette période “la guerre froide”, brrr, j’en ai connu les derniers soubresauts) et les évènements qui ont permis sa chute, ont été notamment lancés par les actions de Lech Walesa avec Solidarnosc, en Pologne. Et moi, en 1979/1980, j’étais encore lycéen. J’allais avoir bientôt 18 ans, le bel âge pour aller mourir à la guerre (comme ceux de 14)… En effet, après la crise des missiles de Cuba, en 62 (mon année de naissance), la “détente” que j’avais connu, laissa place à la “seconde guerre froide” (1975-1985). Dans cette période, on assista à une poussée soviétique, suite notamment au déploiement de leurs missiles SS-20 en Europe à partir de 1977, et son intervention en Afghanistan en 1979, avec un raidissement en Pologne (et la proclamation de l’état de siège en 1981).
Avec les copains de la chambrée, on écoutait en boucle l’album de Manset “Royaume de Siam”, sorti en 1979 (quand “L’atelier du crabe”, lui que j’ai beaucoup aimé aussi, est paru en 1981). On prenait également “Le train du soir” dans nos pieux rêves et “Y’a une route” (WAY : Who Are You) nous emportaient dans nos imaginaires fiévreux. “Y’a plus personne debout dans les rues… d’Angkor” ; “les têtes coupées qui chantent encore”… Au delà des textes, ce que j’aime tout particulièrement chez lui, c’est ce son si singulier des guitares électriques des années 70/80 (ou tout était électro-acoustique** et pas encore digital), le piqué de son jeu, les harmoniques et les arrangements si finement composés. Lors de son écoute, je pars, je vous l’avoue, dans les limbes sans doute. Dans le titre “2870” : “Un enfant triste / Tombé sur la piste / Sait qu’il existe…” avec ses riff lancinants, ses ritournelles à n’en plus finir, je suis sous anesthésiant ! (certains titres atteignent 6, 10 voire 12 minutes ; à frémir…)
Et dans “Le manteau rouge”, le pompon je crois : “Y’aura rien de plus pourri que ma mémoire / Je saurai même plus compter / Ma vie s’ra plus qu’un grand trou noir / Avec des cadavres enterrés”… Dans sa discographie, “Prisonnier de l’inutile” et “Jadis et naguère” sont sortis plus tard, respectivement en 1985 et en 1998. Mais il faut aussi lui rendre hommage pour avoir publié l’album “Lumières” dès 1984, et oui, quand même (!)
On comprend pourquoi il n’était pas souvent dans les médias et surtout absent des plateaux TV (…) La légende veut qu’il soit de ces artistes, maladivement discret, qui fuient le star system. Vrai ou faux ?***
En fait, M’am sait plus (du tout). JMP
*Avec ma psy de femme, interdit d’écouter du Gérard Manset à la maison en sa présence (elle m’impose alors par contre du David Guetta)
NDLR : alors lui GM c’est top, mais ça peut être aussi un autre, car j’ai des CD bien cachés dans la cuvette des WC CDécidément de la “drogue dure”…
PS : Mais soyons honnête, du Gérard Manset, c’est quand même de l’art à l’état pur. Musiques et textes : whaaaa !!!
Exemple le titre : “Le pont” c’est (hic) du haut vol, de la poésie “de guerre” !° Mais “Aujourd’hui ou bien demain, on a tous rendez-vous avec le destin”… et faut passer ce sacripant sacré pont… Des chansons telles : “Demain il fera nuit”, “Quand on perd un ami”, “Attends que le temps te vide”, “Le chant du cygne” ou le sublime “La mer n’a pas cessé de descendre” (“les larmes du collier de ton cou”…) C’est à en pleurer…
Bon allez, après ça, je vais me mettre un petit Lady Gaga, en fait 😉
°d’ailleurs un de ses titres s’appelle “Comme un guerrier” (“qui perd son bras, son œil au combat”…)
**on entend souvent d’ailleurs le “claquement” de l’ampli de sa guitare, que sature le courant électrique (comme nos attrape-moustiques d’aujourd’hui).
***Il n’a jamais donné aucun concert malgré une œuvre assez énorme, et n’est plus apparu à la TV depuis 1983. Même sur le coffret CD “Platinium Collection” de ma discothèque perso, il est photographié de dos (!)