Chronique Terrienne n° 290 Parmi les grandes questions inconfortables, que tous nous devrions nos poser un jour : est-ce que je passe du temps avec les bonnes personnes ? Récemment, je m’en suis remis au hasard (ou presque), comme l’an dernier, pour participer à l’évènement #FAUTQUONPARLE
J’ai passé deux heures et demi passionnantes avec Antoine (qui pourrait être mon fils, qui n’est pas Egyptien, et pas encore Saint*) dans une brasserie où nous nous étions donné rendez-vous.

Partager une vraie conversation est un luxe dont je ne me prive pas. C’est comme ces petites choses si importantes : dormir profondément, se réveiller lentement, choisir librement… C’est comme dire ce que l’on ressent. Dans l’intimité d’un échange en tête à tête, se joue la vérité d’un être. Etre sincère face à la vie, être vrai face à l’ami. L’authenticité me plaît tellement. C’est se révéler fidèle à soi, honnêtement. Ainsi devant témoin, je dis ce qu’est ma vie, j’écoute ce qu’on me dit. Je dis en quoi je crois, j’accueille ce que je vois. Avec le cœur, car c’est cela la vraie conversation. C’est se tourner vers soi pour mieux appréhender l’autre…

“Nous vivons dans un monde qui va vite, qui s’agite, où tout nous presse, nous oppresse, sans cesse. Une véritable conspiration contre toute vie intérieure” écrivait déjà Bernanos**… “Saturé d’informations, notre esprit peine à digérer et à faire sien ce qui l’assaille” dit la philosophe Marie Grand. Et effectivement, j’ai droit à mon intégrité cognitive. Le Chili a intégré ce principe de “neurodroits” dans sa Constitution. Une forme de “liberté cognitive”.

Alors où retrouver notre silence intérieur ? “Les églises sont des refuges ouverts à tous… On peut s’y recueillir si l’on est croyant, ou simplement ouvrir la porte, goûter le silence, chercher une lumière…” dit la chanteuse Julie Zenatti***, actuellement en tournée des églises en France, Belgique et Suisse (comme l’ont fait Natasha St-Pier et Laurent Voulzy avant elle).

“Pierre, feuille, Cîteaux” ; il paraît que c’était une petite blague de Bernard de Clairvaux !

Notre pays comporte plus de 42 000 églises et chapelles, avec nos cathédrales et basiliques. 320 monastères, abbayes, prieurés ou couvents sont encore actifs aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui y accueillent des “pèlerins”, en quête de quiétude et de cheminement intérieur vers la paix.

Je trouve que ces moments hors du temps sont aussi bénéfiques à “l’homme moderne”. Il peut prendre du repos, du recul, recharger ses batteries et y puiser du réconfort. Et puis pour certains ce sera aussi la quête de leur liberté spirituelle, juste équilibre entre travail sur soi et abandon. Si le premier est une conquête sur mon hérédité, mon caractère, les passions qui peuvent me dominer (colère, ressentiment, volonté de puissance, de domination, de possession…), le second est plus que du lâcher-prise ; car dans abandon, il y a “don”. Favoriser un esprit de discernement et une résonance authentique à son moi-profond permet de développer sa liberté spirituelle, tel un don à recevoir.

Avec sérieux, mais en toute légèreté aussi, mon chemin est passé par moultes contrées où se trouvaient ces espaces privilégiés de silence, mais aussi de conversation, de transcendance, de conversion… Ma liste serait trop longue pour la faire dans cette 290ème Chronique Terrienne. Alors, un jour, conversons ! JMP


*Une invitation à visiter l’abbatiale de Saint-Antoine à Saint-Antoine-l’Abbaye (Isère), élu “Village Préféré des Français” 2025 et classé parmi les “Plus Beaux Villages de France”.

**”On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute forme de vie intérieure.” Georges Bernanos (1888-1948)

***le 9ème album de Julie Zenatti : “Le chemin” (ADF-Bayard Avril 2025)

NB : Un projet pour les hôtelleries monastiques et leurs retraitants : https://ritrit.com

PS : Cette chronique a été publiée initialement le 13 décembre 2025 (avant une avarie le 30)…

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