“Plongez au cœur des fermes iséroises à l’occasion de l’évènement : Prenez la clé des champs” écrit dans sa News-Letter de Mai dernier, le Président de mon Conseil Départemental. Quand on sait que le village du dessus s’appelait le village des pendus, et que pour la localité d’à côté, c’était la cité des sorciers…

Que “La clé des champs” soit le nom du nouveau lotissement, fasse sourire (de bêtise) les gens. L’expression “prendre la clef des champs” signifie, s’en aller, s’enfuir, s’évader, bref s’échapper d’un lieu où l’on était enfermé. Elle remonte au xve siècle. Montaigne, qui la citait, parlait en fait du suicide : “Le présent que nature nous ait fait le plus favorable, et qui nous ôte tout moyen de nous plaindre de notre condition, c’est de nous avoir laissé la clé des champs” (Essais, II, 3)…

Il en est ainsi par chez moi, les municipalités successives se croient in the mood imaginatives de laisser le soin de nommer les quartiers, rues et chemins aux enfants des écoles. Et il arrive ce qui doit arriver : des noms essentiellement descriptifs (au 1er degré et naïfs comme l’est un enfant) voire complètement imbéciles sans connaissance du double sens culturel, qui existe parfois. On a eu droit à “la rue des Epis” (à cause du maïs), “la rue des Lilas” (à cause des l….), à “l’impasse des noisetiers” (à cause des n………), et même “l’impasse du paradis” (à cause des radis) bien que le paradis, pour moi, méritait au moins une avenue…

La vie à la ferme de mon enfance, dans ce petit village qui est passé de 300 à 800 habitant entre temps, n’est plus ce qu’elle était, mais les noms des chemins et autres ruelles y font grandement référence quand même. Nostalgie, quand tu nous tiens… C’est que la population est grandement constituée de nos jours, de néo-ruraux s’offrant une partie de campagne. Soit ils retapent de l’ancien, avec son cortège de travaux (et ses budgets additionnels), soit ils font construire un petit pavillon dans un lotissement (4 sur les 5 de mon village ont poussé cette dernière décennie). Sans terrain aujourd’hui, contrairement à ce qui se pratiquait hier (villa sur 1000 à 3000m²), ils rayonnent sur un jardinet de 300m², en totale proximité avec leurs voisins. Et malgré cette promiscuité, ils donnent l’impression de s’être achetés “la clef des champs” ! Eux qui voulaient sortir de l’agglo., fuir la ville.

Plus de ferme d’antan*, quasi plus d’éleveur, par contre, le village est devenu le royaume des chiens et des chats (et de quelques chevaux aussi). Le clocher de l’église sonne encore (pour l’instant) les heures et l’Angelus, tandis qu’à ses pieds se négocie la drogue qui pourrit la jeunesse. Bienvenue impasse du pavot** à la campagne ! JMP


*”Martine à la ferme”, publiée pour la première fois en 1954, c’est plus de 100 millions d’albums vendus en France et dans le monde. (Martine, c’est ma voisine. Elle bosse dans une boîte du CAC 40 et a une grande piscine)…

**Et vous dire que “ce chemin de l’Alpe” (qui fait un petit 100m de long derrière l’église) mène… au cimetière 😉

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