J’ai croisé ce matin une grande troupe de jeunes guides, et m’est remonté instantanément en mémoire, le souvenir d’une expérience insolite chez les scouts.
J’avais 17 ans (on est au siècle dernier) et contrairement à l’année d’avant, je n’avais pas trouvé de job d’été. Je me languissais qui sait donc début juillet, alors que l’oisiveté n’était déjà pas, à l’époque, mon mode de vie préféré. Et un miracle se produisit : un poste d’intendant se libéra au Libéria dans le plus grand camp d’été, des scouts d’Europe de ma vallée. L’économe s’étant fait porter pâle, me voici, me voilà, dans l’embarras en plein massif du Vercors que je m’installe ! Moi qui commençais à apprécier mes études d’économie, je me retrouvais alors plongé dans le cas pratique le plus inouï : gérer le stock de nourriture de 50 mouflets (affamés) dispersés dans la nature.
Arrivés donc quelques jours avant moi (et pour cause) la troupe avait terminé les infrastructures du camp : les tentes étaient montées, l’espace central de regroupement autour du grand feu avec ses grosses pierres, comportait aussi des rondins pour s’assoir et les supports en tronc pour le drapeau. Un petit village, à l’orée d’un bois où coulait un jeune torrent, dans lequel nous fîmes trois semaines durant, une toilette de singe. Le beau temps fut de la partie, mais l’eau était froide et rudimentaire fut ma baignade. Je ne puis aujourd’hui vous conter les différentes activités effectuées, tant ma mémoire m’a lâchée (47 ans plus tard) : des jeux d’équipes, des randonnées, des veillées (en)chantées devant la grande flamme (déjà), etc…
Mais l’intendance ordinaire, not. pour les repas, était mon pré carré ma responsabilité. La tente à côté de la mienne était bourrée de boîtes de conserve énormes. La restauration collective en pleine montagne, je l’ai connu à l’échelle industrielle cette occasion là. Et la chose qu’il m’est permis de narrer (car prescription aujourd’hui ils sont tous morts) c’est qu’en ouvrant une énième boîte de 10 kg de saucisses de Strasbourg un midi, ma surprise fut totale de les voir noyées dans un lit de larves blanches (!) Existait-il, à l’époque, une date limite de consommation inscrite sur l’emballage ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Bref, la légionellose allait frapper et je l’ai détournée En fait, je n’ai sauvé la vie de personne, car le Chef à qui je montrais l’étendu des dégâts, a pris aussitôt l’idée d’ôter soigneusement de ses propres doigts sales les larves sur chacune des saucisses, pour les servir aux moussaillons, avec le sourire. Inutile de vous dire que mon écœurement ne me permit pas de me joindre au festin. J’ai dû feindre de mâchonner devant les petits louveteaux et autres jeunes éclaireurs…
A ce propos, j’ai découvert un drôle d’univers lors de ce stage (bénévole mais bien nourri) : patrouilles (équipes), uniformes avec bérets, écussons et insignes, devises et promesse, mais aussi fanions et animaux totem etc… De quoi vous forger former le caractère ; vie fraternelle, au naturel. Il est vrai que je n’ai pas perdu que mon innocence dans cette forêt, j’y ai perdu aussi quelques kilos.
Et de vous parler maintenant de mon retour d’homme des bois à la civilisation, qui fut un moment haut en couleurs odeurs. En effet, le fumet (pestilentiel) émanant de mes oripeaux fit vomir ma donzelle de sœur. Ma mère m’invectiva de les ôter sur-le-champ aussitôt pour une lessive spécifique (opération désinfection), mais aussi de prestement aller me décrotter au savon noir. Moi qui sentais bon l’épicéa et le feu de bois, je fus accueilli comme un malappris (mon ego ce jour-là en a bien pris). Et oui, à l’armée, quelques années plus tard, j’ai été nourri, logé et blanchi ; pas chez les scouts en vadrouille !
Pour conclure, retenons que si l’été suivant, mes deux mois comme guichetier dans une agence bancaire furent une expérience beaucoup plus lucrative, j’y ai également perdu encore de mon innocence, découvrant en effet jour après jour, les moultes découverts bancaires du chatelain local (au patronyme à deux particules). Et oui, ce ne sont pas les plus riches qui savent le mieux gérer, c’est pas ce qu’on me disait dans mon Lycée privé.
Mais ceci est une autre histoire (de France). JMP