Chronique Terrienne n° 303 Comme je trouve cette idée saine et évidente d’acheter plutôt en “circuit court”, je suis ravi qu’elle revienne dans les mœurs à l’heure du tsunami qui se déverse sur notre société via des babioles et autres produits Made in PCR (autrement écrit China).
Dans les années 90 (cad au siècle dernier), je privilégiais déjà les acteurs locaux pour mes achats familiaux et ceux de ma société. Pour ne parler que de cette dernière, une agence de communication globale (7 salariés en moyenne), j’ai dû générer, sur une décennie, environ 1 million d’euros de sous-traitance et d’achats dans un rayon de 50 km (on pourrait rajouter à ce raisonnement, les achats personnels de chaque salarié qui habitaient dans cette zone). Je veux vous narrer ici le souvenir d’un fournisseur spécifique. Pas un imprimeur ou un photograveur, ni un fournisseur de matériel informatique ou d’accès internet (oui déjà)… non, le potier du coin !
J’ai eu l’idée en effet d’offrir à mes clients un produit du terroir artisanalement fabriqué à proximité (3 km à vol d’oiseau). Pourquoi ? Parce qu’il symbolisait la simplicité qui me tenait à cœur dans ma relation avec mes clients, et justement aussi la proximité, que je vantais en permanence (démarchant méthodiquement toutes les entreprises de ma région). Lors de deux actions commerciales successives, un pot de potier a été personnalisé (siglé à la main). Si le premier permettait de boire un café avec facilité, il pouvait aussi se transformer en pot à crayons, alors que le second était carrément un mug. L’un était marron, l’autre vert. Ils étaient destinés à être facilement utilisés dans l’espace bureau de nos clients, en marquant un peu notre territoire (car tel était également l’ambition de ce don). Donner un pot à ses clients visiteurs, boire un café (ou un thé) avec eux, puis s’en servir comme pot à crayons sur son bureau, c’est un exemple d’idée que j’apprécie pour sa polyvalence (pratique), son coût modéré (bien que personnalisé à l’unité) et son côté sympa.
Bien que ce potier n’existe plus aujourd’hui,* je ne regrette pas d’avoir privilégié systématiquement des partenaires locaux. Je le fais aujourd’hui bien entendu, dès que je peux, au niveau personnel. Vivifier son territoire devrait être dans tous les esprits. Nous avons un pouvoir et une responsabilité individuels dans les enjeux collectifs. Si nous voulons des emplois correctement payés en France, il ne faut pas se détourner des entreprises régionales et Françaises, dès lors que l’on est en position du client/consommateur. Il faut faire travailler nos sociétés locales. C’est d’une logique imparable.
Et vous, avez-vous le souci des PME autour de vous ? Ou bien préférez-vous acheter sur Amazon des produits chinois (qui auront un bilan carbone désastreux) et en favorisant l’exploitation de travailleurs sans statut protecteur (voire des enfants) ? Il est vrai qu’on est allé tellement loin (notamment dans le textile) qu’il n’est pas très simple de faire des achats Made in France, et que leur prix semblent souvent élevé ? Mais les choses évoluent depuis quelques années, des alternatives existent dans presque tous les domaines, même si la notion de juste prix n’est plus approchée de manière lucide par beaucoup de nos contemporains, eu égard à l’habitude de tarifs bas liés à la sous-traitance systématique dans les pays à bas salaires (voire la fast-fashion qui ne prend pas en compte la destruction de notre planète via son modèle économique).
Bon, je vous laisse (réfléchir peut-être…). Là je vais visiter une chèvrerie à 20 km de chez moi. Sa patronne vend en direct ses délicieux fromages, et dans mon village, elle a, depuis quelques mois, installé un distributeur automatique. JMP
*a t’il succombé -il y a pas mal d’années- suite à des insuffisances commerciales (il ne s’est pas diversifié suffisamment dans l’objet publicitaire ou le cadeau touristique ?) ou bien est-ce un souci de succession ? Je pense que plusieurs facteurs -dont ceux cités- ont facilité la disparition du dernier potier de ma contrée.