Chronique Terrienne n° 296 Trop de sollicitations, brusqueries avec autrui ? Trop d’excitations, mufleries (devant un taxi), flagorneries, supercheries ? Si votre quotidien ressemble à ces maux, avec une sensation d’être toujours à bout de souffle, si fatigue et lassitude sont vos bons amis, avant le burn-out je serais tenté de vous dire (en souriant) : Et l’élégance dans tout ça ?

Attention, je ne parle pas seulement de cette notion désuète de prestance (ou pire, du look). Même si s’habiller proprement et harmonieusement me semble faire partie intégrante de l’élégance au sens large. Je ne parle donc pas de la mode, car dans l’esprit d’élégance, il y a une dimension intemporelle. Et cette dimension manque aujourd’hui à notre société, où le consumérisme et la vulgarité s’imposent presque partout.

L’élégance est une “qualité située du côté de l’âme, une attitude, une dimension intérieure : un cœur qui écoute, une résistance à la violence, une approche empathique des relations humaines, une manière d’être qui vient de soi, de l’ordre de l’esprit…” écrit la psychanalyste Catherine Ternynck dans un ouvrage* paru en janvier. “Eprouver l’élégance d’une personne, c’est percevoir au même instant sa part d’infini et sa finitude” affirme t’elle. Et de compléter : “Au fondement de l’élégance, il y a une intuition spirituelle.”

Je suis en parfait accord avec ces propos, notamment quand elle développe : “L’espérance, qui est une disposition d’esprit élégante”, commence là où l’espoir se finit (car l’espoir a un but précis, qui est atteint ou pas à un moment). “L’espérance ne trompe pas.” (Saint-Paul)

Avec la délicatesse, la grâce, la dignité, la courtoisie, le savoir vivre, il y a aussi la culture, l’humour, l’altruisme, la discrétion, l’orientation permanente vers la beauté et la vérité qui traduisent l’élégance d’une personne, d’après l’autrice. L’élégance est subtile donc difficile à déterminer. De manière concrète, un exemple du quotidien : “Le SMS envoyé à un ami, il constitue une forme de présence élégante par sa discrétion : je pense à toi.”

Elle cite aussi Henry Bauchau (écrivain et psychanalyste) qui a dit : “Une blessure écoute toujours plus, finalement, qu’une oreille.” Ce qui l’amène à dire que l’élégance est sans doute l’apanage de l’âge. Et quand je lis : “Tu n’es pas encore, mais tu seras. J’ignore l’avenir de ta vie, mais je reconnais le possible de ton être, ton accomplissement prochain et je m’en porte témoin”, je me reconnais dans mon métier de coach et mentor, que j’ai tant apprécié toutes ces années. Car l’esprit d’élégance, c’est aussi reconnaître l’élégance de l’autre. JMP


* “L’esprit d’élégance. Résister à la vulgarité du monde” de Catherine Ternynck (Desclée de Brouwer – 184 p. – 2026) :

“Les incivilités se multiplient, les barbaries se répandent, l’impudeur règne, l’outrance est la norme. L’élégance semble être devenue une pensée anachronique, l’emblème d’un âge ancien. Ce qui aujourd’hui anime les esprits, c’est la consommation, le profit, la libéralité, l’immédiateté en toutes circonstances. Il y a pourtant ce “quelque-chose, presque-rien” fugitivement saisi dans l’ordinaire du temps, comme une distinction singulière, une tension vers la beauté, une grandeur ajoutée à la vie. Cette impression, qui n’a rien de mièvre ou de naïf, a amené Catherine Ternynck à envisager, bien au-delà de sa dimension esthétique, la force de l’expression spirituelle de l’élégance. Cet esprit d’élégance s’impose comme une résistance à la vulgarité de notre époque. Il nous permet de trouver une plus haute qualité d’existence, et nous mène vers des joies humaines inattendues.”

NB : Et si l’on ne veut pas progresser dans l’élégance (Étymologie : “elegans” en latin, “celui qui choisit”), on peut toujours consulter le volumineux “Dictionnaire amoureux du mauvais goût” de Nicolas d’Estienne d’Orves (Plon, 2023) que je cite par pure honnêteté intellectuelle, mais que je ne recommande pas particulièrement, sachant que son auteur l’a dédié à “Joseph Pujol, notre maître à tous” (sans préciser -pour les incultes- qu’il s’agit du pétomane qui sévissait au Moulin Rouge autour de 1900).

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