Chronique Terrienne n° 291 “Mais lent col y (vient)”. Parfois en randonnée, le col, il est lent à venir n’est-ce pas ? On espère l’apercevoir après chacun de nos pas. L’espoir est là, mais le désespoir n’est pas loin. Ainsi en est notre esprit d’humain; souvent torturé entre des ressentis inversés.

Quelles choses vous émeuvent ? Moi, des lectures, des films, des musiques et bien entendu des rencontres m’émeuvent souvent. Quand j’écoute “Forever young” par exemple (titre d’Alphaville en 1984) j’accède facilement à ce que je crois être de l’ordre de la mélancolie. Pour Romano Guardini*, la mélancolie est une dissonance intérieure, un phénomène ni psychologique ni psychiatrique mais spirituel : une vulnérabilité provenant d’un trop plein de sensibilité, d’un sens aigu de l’inéluctable…”

Une attitude d’ouverture et d’accueil en sont les clefs. Mais la mélancolie est aussi “une maladie du lien”. Dans ma précédente chronique je parlais des lieux tels les églises et chapelles, cathédrales et basiliques. Le sacré, l’Essentiel, la transcendance, le surnaturel (…) nous le touchons du doigt cœur dans de tels endroits. Et également devant la nature, un beau paysage ou un ciel étoilé.

“Que des liens” nous chante Zaz dans son dernier album** (une chanson émouvante sur le dernier au revoir). Pourquoi j’accompagne des endeuillés ? Parce que j’ai toujours ressenti en moi le sens du tragique de la vie et sa beauté, en même temps. Rester “en lien” me semble donc si naturel. C’est en effet une de mes phobies, garder et animer le lien, depuis tout petit. Aussi je “commerce” en permanence avec “maints gents” dirais-je, si j’écrivais au XVIIème comme Madame de Sévigné***. “Et je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus miraculeuse, les plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue…” faisait-elle durer le suspense parfois ainsi, de sa plume alerte et joyeuse, mais intelligente et profonde. La séparation d’avec sa fille, Françoise, lui étant douloureuse.

Merci WhatsApp, Signal, les SMS et les mails plus adaptés à la correspondance d’aujourd’hui. Sachons en effet qu’en 1665, si une profonde révolution de La Poste permit de raccourcir le délai du courrier, celui-ci était encore de 8/10 jours. Malgré le manque de place, nos “messages” (reçus dans la minute), sont aujourd’hui bien plus interactifs et c’est en cela qu’il y a du bon. Même si parfois une trop grande réactivité peut-être mère de vicissitudes, mais ceci est surtout vrai pour les réseaux sociaux, et bien moins les correspondances en “one-to-one”.

C’est ainsi “un écriveur” qui vous dit : “Quelle saveur que la prose de mes proches et de mes amis !”

Je leur écris souvent en rimes et certains s’y collent aussi parfois en retour. Quelle joie !

Et alors la “mais encore lis”, me frappe aussi. JMP


Photo : ruelle à Grignan en Drôme provençale (2025)

* théologien catholique (1885-1968). A lire, son ouvrage (en poche) “De la mélancolie” (Editions Points – 2016)

** “Sains et saufs” (Zaz – 2025) 

*** Madame de Sévigné rendra son dernier soupir à Grignan où vivait sa fille, à qui elle adressa moultes lettres.
A lire : “Le temps des écriveuses. L’œuvre pionnière des épistolières au XVIIème siècle” de Nathalie Freidel (Classiques Garnier)

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