Trop, ma d’enfance : la photo était belle et le souvenir est ancien, devant la fontaine avec les demoiselles en costume traditionnel alsacien. Depuis la placette, nous entrâmes ainsi dans le restaurant que nous offrirent nos parents. Le Maître d’hôtel nous fit la réclame de la spécialité maison : la choucroute garnie au vin blanc.
Mon assiette, monstrueuse, avait un goût de Mondeuse Riesling. J’avais 11 ans, j’étais pas gros et ce devait être mon premier restau. Le repas se déroula puis nous reprîmes notre road-trip, alors que la pluie détrempait la route des vins. Oui, nous étions en voyage de famille, mes parents, ma sœur et moi. C’était l’été et dans la rutilante voiture neuve de mon grand-père (que papa avait empruntée pour l’occasion) nous roulions, et roulions, à travers les vignes.
Après Riquewihr et sa pause déjeuner, le temps d’un malaise et la GS*, d’une belle couleur verte extérieure, s’en trouva atteinte également même à l’intérieur. La faute au dessert : une glace à la pistache. Oui, ma digestion ne se déroula pas comme souhaité, à l’arrière de la belle Citroën (verte comme la pistache). Les lacets dans les monts et merveilles alsaciennes eurent raison de mon estomac, qui soudain se vida, sur les cuisses de ma copine sœur et le skaï marron de la berline. Entre les cris d’orfraie de ma frangine et l’odeur pestilentielle nauséabonde de l’habitacle, nous nous sommes arrêtés au coin d’un vignoble pour s’aérer et nettoyer. Sous la pluie, c’était la débâcle une noble intention, mais nous ne disposions pas à l’époque du fameux Sopalin. Et ainsi, dure fut la fin (de cette histoire). Bref, la journée j’avais ravagée (et la banquette moquette de la GS).
Depuis cet épisode, peu glorieux (je dois bien l’avouer), personne n’a réussi à me faire déguster de la glace à la pistache. Même mon boulanger-pâtissier d’aujourd’hui, me le faisait remarquer ce matin, lui qui vend aussi de bonnes glaces locales dans son beau magasin. Il le sait, je haie la pistache, je la fuis comme la peste. Son seul nom me tétanise, la pistache se cachant parfois dans de délicieux mets, je la détecte (la sournoise), je la piste, je la tâche traque, je la démasque car il est profond le trauma.
La choucroute, elle, a eu plus de chance ; mon estomac l’accepte régulièrement. Et pis, un choux c’est un choux disait mon grand-père bien aimé, alors que piste la tâche sur le siège de la GS. Parfois, je la mange avec un petit vin blanc (de Savoie)**. Garnie, elle l’est toujours comme une amie assurément ; mais JAMAIS vous entendez bien JAMAIS elle ne sera accompagnée d’une douceur à la pistache. Non, niet, nenni… Avec ou sans moustache JAMAIS JE VOUS DIS ! JMP
*Lire aussi : https://jmponcet.fr/2025/03/20/quand-vint-la-couleur/
**plutôt une Roussette