Enfin, j’aimais écouter le comte de Monte-Cristo Lecomte sur Monte-Carlo. Quand la partie durait et qu’il lâchait ses coups sur la terre battue.
Enfant, j’aimais entendre les contes de Grimm (oui les Frères Grimm étaient les maçons du canton) : Blanche Neige et les sept corbeaux. Cendrillon et Tom Pouce. La belle au bois dormant et le petit chaperon rouge… Quand les Frères Grimm ont refait le mur du jardin de la maison, les coups de marteaux pleuvaient. Le vieux mur était battu (comme le sol du tennis). Je vous le fait cours : ils piquaient le vieux ciment pour nettoyer tout ce qui ne tenait plus sur ce mur.
Dans un murmure, ma grand-mère Henriette me contait donc ces contes, pendant que mon grand-père Aristide faisait les comptes. Il gérait une activité de négoce de produits du sol, comme il disait : “Si tu tombes, je serai là.” Signé le sol (!)
Ce n’était pas facile de jongler avec les semences (de Bellegarde à Saint-Paul de Vence), pommes de terre (battues), betteraves (à la cave)… Il fallait bien les acheter, puis les réceptionner et les stocker, puis enfin les livrer. Pour cela il avait un camion Berliet. Et quand venait à la maison le Comte du Fayet, fallait vite faire les provisions car il était pas commode. Ni lui, ni sa bobonne. Sauf à l’automne. Oui au temps des noix, le bonhomme me contait Savoie sa voix. Il était à son summum quand il contait “la petite gardeuse d’oies”. C’est fou, un Conte qui compte les oies (pas plus qu’un doigt qui fout le camp fait le compte).
Ainsi bercé j’étais, des mois durant par les bruits incessants des Frères Grimm sur le long mur du jardin de la maison familiale. Mais aussi par les lecteurs qui berçaient mon enfance de ces histoires postcoloniales plutôt cordiales. Oui conter pour quelqu’un, n’est-ce pas là l’essentiel ? Et quand le Comte est bon, “le bon larron est rond” disait le cafetier. Héron, petit patapon… (mais redoutable pêcheur)…
JMP (© 2025)