Chronique Terrienne n° 241  Quiconque ne pratique pas, ne peut pas savoir, qu’il n’y a que des femmes dans ces endroits-là. Quand Stéphane fait tinter son bol tibétain, c’est que la séance commence. Je ne fais plus le cabotin, je me concentre. Je prends la posture qui est la mienne, les deux mains à hauteur de mon Dan Tien (deux pouces sous le nombril, pas de chinoiserie) 😉

La douce musique qui sort de son enceinte Bluetooth, immédiatement nous transporte tous en Extrême-Orient. Je vois dans ma tête, comme en cinémascope, un paysage d’Asie que mon quotidien télescope. Les collines d’une campagne paisible, mais où un drame est perceptible. La tension dramatique d’une séquence peut même me tirer une larme, tant est mélancolique, après les armes, la mélodie des violons. Revenant en boucle dans cette bande son (sur les 90 mn du cours de QI Gong) la puissance du philarmonique nous projette dans une dimension magique. Dépaysement total, sublimation maximale, synchronisation.

Les exercices de cette discipline que nous pratiquons sont imagés : “entrer dans la mer”, “pousser le bateau”, “toucher la lune”, “viser l’aigle”, “harmoniser l’eau et le feu” etc… Nous nous reconnectons à la nature et même à l’univers via ce visioning millénaire. Comme le dit “le Maître”, les objets et les membres de notre corps ont une limite, le Qi n’en a pas. Quand je l’imite, loin partent mes bras.* S’y mettre était mon projet ; depuis plus de deux ans déjà, via le Qi (Gong), j’apaise mon esprit, pose ma respiration, je détends mes muscles, débloque mes articulations, m’ancre dans mon bassin, ici-bas tel un batracien.**

Le “Qi” (prononcez “tchi”) signifie en physiologie traditionnelle chinoise, le souffle, l’énergie (le “pneuma” des Grecs). “Gong” signifiant de son côté : exercice, méthode, discipline, activateur…

Féru de médecine traditionnelle chinoise, Stéphane n’hésite pas à nous donner moultes détails sur le système énergétique de notre corps. C’est un atout que ne possédait pas mon ancienne pédagogue, prosélyte, elle fut un vrai mentor, mais au référentiel pas vraiment analogue. C’est souvent intéressant de changer de cadre, comme c’est riche de voir hors de sa lucarne. Je regretterais la belle salle au plancher verni, le pool house type hôtellerie, mais je dois bien m’enraciner dans la modestie.

Et quand nos jeunes “antilopes” du cours de Hip-hop qui cohabite nous dispersent, le son grave de leur beat la cloison transperce ; leur signaler : “A votre Qi, prêt, ralentissez !” Et moi, je suis sauvé -par le Gong- alors je rejoins à nouveau le monde. JMP

* “Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.”

** Lire aussi “Balance ton Qi…” Chronique Terrienne n° 215 du 26 janvier 2022 : https://jmponcet.fr/blog/balance-ton-qi/

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